Nikolaï Miaskovsky
Sonates pour piano n°2, 3, 4

Lydia Jardon piano

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  • Précisions Sonate n°2 en fa dièse mineur op.13
    Lento, ma deciso – Allegro affanato – Allegro con moto e tenebroso – Allegro affanato – Allegro e poco a poco più agitato – Allegro disperato
    Sonate n°3 en do mineur op.19
    Con desiderio, improvisato
    Moderato con moto, stentato, ma sempre agitato

    Sonate n°4 en do mineur op.27 1. Allegro moderato, irato
    2. Andante non troppo quasi Sarabanda
    3. Allegro con brio


    Ingénieur du son : Jean-Marc Laisné.
    Enregistré à L’heure bleue, Salle de musique, La Chaux-de-Fond, Suisse
    les 25, 26, 27 janvier et le 7 avril 2009.
    Piano : Steinway (Regamey). Livret : Georges Hallfa.
    AR RE-SE 2009-2


    Extrait du disque



    Pour en savoir plus Miaskovsky ou L’Exil intérieur [Lire...]

Classica
Octobre 2009
Stéphane Friédérich

Ce récital présente des partitions hélas peu jouées et peu enregistrées. Moins immédiatement séduisantes sur le plan rythmique et harmonique que celles de Prokofiev et de Scriabine, moins tenues par le flot mélodieux comme chez Medtner, les sonates de Miaskovski n'en sont pas moins passionnantes. Leur tempérament épique, violemment exacerbé, ne fait pas mystère de diverses influences : Rachmaninov et Scriabine, essentiellement, mais aussi Debussy et parfois Chopin, voire Schumann dans la Deuxième Sonate. Lydia Jardon nous en offre une lecture à la fois acérée et très expressive. Elle préserve autant la lisibilité de l'écriture qu'elle en montre la dimension narrative. Son jeu n'a rien d'impulsif et elle domine de manière impressionnante le côté fantasque et motorique de ces pages. Il serait en effet si facile de ne restituer qu'une succession d'atmosphères allant de l'abattement à la rage.
Cette cohérence du propos montre l'originalité de la musique de Miaskovski et surtout le traitement si personnel du son. La pianiste privilégie en effet la matière sonore, les effets de résonance, le silence après le paroxysme d'accords. La discographie s'enrichit d'une version moderne de référence qui supplante les lectures de McLachIan et Hegedüs. En effet, Lydia Jardon obtient l'équilibre entre passion et lucidité, équilibre que l'on espérait retrouver depuis les témoignages de Richter dans la Sonate n°3 (RCA, Pyramid). Un seul regret pour ce disque : une durée un peu trop courte.

Diapason
Octobre 2009
Alain Cochard

Le répertoire russe réussit à Lydia Jardon ! Après les Sonates de Rachmaninov et l'intégrale des Études de Scriabine (Ar Ré-Sé), elle s'attaque à un compositeur infiniment moins connu et documenté. Certes, ses vingt- sept symphonies ont été gravées sous la baguette de Svetlanov (Warner, 16 CD), et ses opus chambristes et concertants n'ont pas trop eu àse plaindre. Mais hormis la Sonate n°3 par Richter, la discographie du piano miaskovskien demeurait bien désertique, jusqu'à la parution de cette version des trois sonates les plus intéressantes parmi les neuf que lègue l'auteur — elles datent respectivement de 1912, 1920 et 1924. Défi technique incessant, cette musique ne cède pourtant jamais à l'extériorité et met son déferlement virtuose au service d'une énergie sombre et contenue. Hantée par le thème du Dies irae, la Sonate n°2 qui ouvre le programme donne le ton. Trahissant l'influence de Scriabine, elle adopte, ainsi que la suivante, la construction monolithique propre aux Sonates n°s 5 à 10 du Poète de l'extase. Cependant, ces pages furieuses et personnelles font entendre autre chose qu'un épigone. Moins de soufre, plus de rage, pourrait-on dire. Lydia Jardon les porte avec un souffle et une palette sonore d'une richesse et d'une densité remarquables.
Avec la Sonate n°4, Miaskovski adopte une construction plus classique, quoique le caractère demeure profondément « irato », pour reprendre le qualificatif accolé à l'Allegro initial. Son chef-d'œuvre pianistique ? Peut-être. On admire en tout cas l'intelligence avec laquelle l'interprète y conjugue propos courroucé et souci d'équilibre.

concertclassic.com
Septembre 2009
Alain Cochard

Miaskovsky retrouvé
Lydia Jardon en récital à l’Athénée
Lydia Jardon ? Ne comptez pas sur elle pour faire les choses comme les autres ! Créer un festival ? Lorsque l’idée lui vint il y a une dizaine d’années, c’est sur l’Île d’Ouessant que la pianiste décida de s’installer. Les moqueurs de moquèrent… « Boostées » par l’intelligente mutualisation des forces à laquelle les festivals bretons procèdent depuis cet été, les Rencontres de « Musiciennes à Ouessant » sont aujourd’hui en passe de devenir l’une des destinations les plus « tendance » de la côte Ouest.
Choisir du répertoire ? Lydia Jardon n’aime rien tant que le défi et, souvent, la rareté. Après de très beaux enregistrements des Goyescas de Granados et des deux Sonates de Rachmaninov, la pianiste a plus récemment signé une intégrale de référence des Etudes de Scriabine. L’univers de la musique russe convient idéalement à l’ardeur et à la riche palette de couleurs de son jeu.
Lorsque Pascal Ianco, aux Editions du Chant du Monde (1), a communiqué à Lydia Jardon les partitions des Sonates de Nikolai Miaskovsky (1881-1950), le coup de foudre s’est produit entre l’interprète et la musique d’un immense compositeur trop oublié. De son collègue et grand ami — qui, comme lui ou Chostakovitch, fit les frais du « tir groupé » du sinistre camarade Jdanov en janvier 1948 — Prokofiev disait : « Tout ce qu’a écrit Miaskovsky est profondément personnel et d’une intuition psychologique admirable. Cette musique n’est pas de celles qui deviennent rapidement populaires. » Les œuvres de Miaskovsky furent assez souvent jouées en Europe occidentale et aux Etats-Unis durant l’entre-deux-guerres, mais depuis on a hélas perdu de vue un compositeur qui mérite franchement d’être (re)découvert.
Le maestro Evgeny Svetlanov a beaucoup fait pour lui et l’on dispose d’une intégrale des 27 Symphonies sous sa fervente baguette (16 CD Warner). Désormais on rangera tout près de ce volumineux coffret le récital Miaskovsky de Lydia Jardon (2). Avec les Sonates n°2 et 3 — encore post-scriabiniennes par bien des aspects — et la 4ème, il constitue en effet le plus bel enregistrement de piano miaskovskien disponible aujourd’hui et présente de surcroît les trois sonates les plus séduisantes du compositeur parmi les neuf qu’il lègue. Exceptionnellement abouti ce CD est les des événements discographiques de la rentrée et méritait d’être accompagné d’un récital. Lydia Jardon sera sur la scène du Théâtre de l’Athénée, lundi 28 septembre dans un programme Beethoven-Miaskovsky où la Sonate n°4 du Russe sera mise en regard de la Sonate n°31, tandis que la brûlante Sonate n°2, hantée par le thème du Dies irae, répondra à la fièvre de l’Appassionata. Un programme dont la cohérence et l’équilibre ne font que renforcer l’attrait.
(1) Pour en savoir plus sur Miaskovsky et nombre d’autres compositeurs, russes mais pas seulement, on consultera avec profit le site des Editions du Chant du Monde : www.chantdumonde.com/fr/editions
(2) Un récital disponible comme tous les enregistrements de Lydia Jardon sous le label AR RE-SE (dist. Codaex).

L'Education musicale
Numéro 32
Octobre 2009

Après la publication des Sonates 3 et 4 pour piano de Nikolaï Miaskovsky (cf. notre Lettre d’information, mai 2009), ce CD comprenant, en outre, la deuxième, vient à point nommé, pour permettre aux interprètes de bénéficier des critères d’interprétation retenus par Lydia Jardon. Le compositeur, né en 1881 — l’année de la mort du tsar Alexandre II —, mobilisé en 1914, sera, après la chute du tsar, au service de l’état-major. Ce n’est qu’en 1921 qu’il sera professeur au Conservatoire de Moscou ; en 1948, il subira les persécutions et les contraintes de l’Union des compositeurs. Ses Sonates n°2, en fa# mineur (op.13) et n°3, en ut mineur (op.19), en un seul mouvement enchaîné, ne bénéficient pas d’un mouvement lent central, exploitent des registres extrêmes et tournent parfois à l’obsession, avec citations discrètes du thème du Dies irae (Sonate n°2), spéculant sur les contrastes de mouvements Lento et Allegro. Georges Hallfa les rattache à une « perspective spiritualiste sur l’Homme nouveau, que l’idéologie communiste a considéré sous l’angle matériel ». La Sonate n°4, en ut mineur (op.27), est tripartite : Allegro, Andante et Allegro con brio. L’éminente pianiste se joue de tous les traquenards de ces Sonates, grâce à une technique et une énergie à toute épreuve.

 

  FCM