Rachmaninov
Les deux sonates pour piano

Lydia Jardon piano

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  • Précisions Sonate n°1 opus 28 en ré mineur
    Allegro moderato
    Lento
    Allegro molto
    Sonate n°2 opus 36 en si bémol mineur Allegro agitato
    Non allegro - Lento
    L’istesso tempo - Allegro molto


    Durée totale : 50'
    Production, Ingénieur du son : Jean-Marc Laisné.
    Techniciens : Noburu Takayanagi, Hiroya Ishikawa. Piano : Kawai EX.
    Enregistré au Théâtre de Poissy
    les 15, 16 septembre et le 2 novembre 1999
    AR RE-SE 2002-4


    Extrait du disque



    Pour en savoir plus Fin de siècle:
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Mars 2003
Alain Cochard

Les versions des deux sonates par Weissenberg et Paik n'étant plus disponibles, les grandes références pour ces deux opus en un seul CD sont l'oeuvre de deux interprètes féminines. Idil Biret a en effet signé une belle version de ces ouvrages, hélas ! desservie par une prise de son assez dure. L'enregistrement de Lydia Jardon ne peut être pris en faute sur ce point : qui a pu savourer en concert sa sonorité ample et timbrée sait combien le micro lui est ici fidèle. Certains parlent doigts et effets dans Rachmaninov ; Lydia Jardon leur répond par le chant, la poésie, l'attention aux timbres. De la Sonate n°1 — qui n'est pas sans faiblesses, Rachmaninov était le premier à en convenir — l'artiste n'exige pas plus que cet opus ne saurait offrir et c'est pourquoi elle captive tant. Rien de forcé, d'inutilement spectaculaire dans sa conception, mais une simplicité qui libère l'essence faustienne du texte et nous plonge dans un merveilleux voyage poétique — où le sentiment de liberté n'est jamais fruit d'un abandon facile. Le sens polyphonique de Lydia Jardon (quelle technique faut-il pour aboutir à pareille clarté !) imprime un relief, une incessante vibration au discours... et laisse espérer une fabuleuse Sonate n°2... On l'a dit : la démonstration pyrotechnique gratuite n'est pas le sujet ici. L'autorité avec laquelle Lydia Jardon attaque l'Allegro agitato est celle d'une interprète qui a décidé de charmer — au sens magique du terme — l'ouvrage plutôt que d'y déclencher un incendie. La foncière noblesse de cette approche comblera l'amoureux de ce répertoire, autant qu'elle conduira ses détracteurs à réviser nombre de préjugés. La noblesse du mouvement médian (tant de broyeurs d'ivoire offrent ici un chromo clair-de-lune-au-bord-du-Nil), en dit long sur une interprétation qui renouvelle notre perception de l'oeuvre. Autant qu'avait su le faire celle du regretté Sergio Florentino (APR, Diapason d'or), c'est dire...

Pianiste

Mars-avril 2003
Olivier Erouart

Six années (1907-1913) séparent les deux Sonates pour piano de Rachmaninov (les uniques contributions au genre du compositeur russe), et en peu d'années, il sera parvenu à une maîtrise de la forme et des idées.Si le compositeur trouvait la Première Sonate "interminable", il comparait la suivante à la Deuxième Sonate de Chopin "qui dure dix-neuf minutes et où tout est dit". Rompre l'unité de l'ensemble, éclairer de façon trop fragmentaire les motifs périphériques conduit à désintégrer la partition. Estomper l'enchevêtrement des motifs, la carrure spécifique de chaque rythme, conduit au résultat inverse non moins préjudiciable. Deux écueils évités par Lydia Jardon qui s'impose par une extraordinaire maîtrise digitale, par une puissance de jeu précis et souple, et par une conduite de la ligne musicale intégrant la densité de la pensée avec pour corollaire l'ampleur de la dynamique et la nécessité de préserver la cohérence, l'équilibre sonore au profit de l'expression juste sans afféterie dans les mouvements lents par exemple. Avec une telle musique aussi éruptive,"en perpétuelle ébullition", Lydia Jardon rejoint avec une approche somme toute différente ses illustres confrères Weissenberg (Deutsche Grammophon) ou encore l'irremplaçable Horowitz (RCA).

Le Monde de la Musique

Février 2003
Michel Le Naour

Déjà paru en 2000, ce disque consacré aux deux sonates de Rachmaninov par la pianiste Lydia Jardon paraît sous le nouveau label AR RE-SE, sous lequel celle-ci enregistre désormais. Sa publication avait à l'époque attiré l'attention (Le Monde de la musique n° 244) par l'aptitude de la soliste à se placer dans une optique expressive faite d'engagement, de puissance, et de flamboiement. Ces qualités rendaient justice à des pages d'une difficulté d'exécution réservée aux prouesses digitales de Vladimir Horowitz ou de Rachmaninov lui-même. D'ailleurs le compositeur russe remodela sa Sonate n°2 en si bémol mineur en 1942 sur les conseils de l'illustre interprète, réalisant ainsi une synthèse entre la version originelle complexe de 1913 et celle, plus claire, de 1931 choisie ici par Lydia Jardon. Dans cette page, comme dans l'Opus 28 aux éclats paroxystiques, celle-ci fait preuve d'une capacité à cristalliser les contraires. Naguère, Marie-Catherine Girod avait montré dans la Sonate n°2 (dans sa version originale ) l'intensité d'un jeu soumis aux réalités de la construction. Aujourd'hui, Jardon prend à bras-le-corps ces pièces volubiles pour n'en garder que la moelle. Elle peut se comparer aux meilleurs interprètes : Horowitz, Fiorentino, Askhenazy, Ogdon, Wild, Kocsis (pour l'Opus 36), Berezovsky (pour l'Opus 28), Kun-Woo Paik ou encore Weissenberg pour les deux sonates.

Classica

No 20, mars 2000
Maxim Lawrence

Coup de coeurLauréate du concours Milosz Magin, Lydia Jardon n'a pas choisi la facilité avec ce programme d'ordinaire presque exclusivement réservé aux hommes. L'époque est à la parité et il est particulièrement agréable de constater que le lyrisme de ces pages "symphoniques" n'appartient pas qu'aux seules stars, se nomment-elles Horowitz, Collard, Ashkenazy, Ogdon, Van Cliburn ? Car Lydia Jardon a de surcroît des choses à nous dire. Tout d'abord, elle possède le sens de la durée dans la respiration, ce qui n'est guère aisé dans l'immense Première Sonate ! Elle sait où mène la progression ultime de la phrase musicale et elle lui donne toute la résonance sans briser les accords. Le piano est rond, chaleureux, le choix d'un Kawai n'étant pas évident quand on sait la lourdeur du toucher, mais également la richesse des basses de l'instrument. De la Première Sonate, la pianiste tire les couleurs les plus diaphanes et son tempérament lui laisse porter le chant avec un superbe naturel (Lento). La Seconde Sonate est parfaitement maîtrisée dans son rythme à la fois tranché et souple. Lydia Jardon prend le temps de s'approprier la partition pour en faire ressortir toute la limpidité des harmonies. L'aspect purement héroïque passe presque au second plan (Finale). On se dit que l'interprétation de la version révisée est un choix qui se justifie ici car il correspond à l'équilibre de l'interprétation. Les ajouts de la version de 1913 n'auraient rien apporté de plus à la compréhension d'une lecture profondément animée et secrète."

American Record Guide

American Record Guide
Mulbury

La pianiste Lydia Jardon fait preuve ici d’une musicalité et d’une sensibilité profondes, d’un talent enviable et d’une technique virtuose. Son jeu met en avant nombre d’aspects fascinants de l’interprétation et de la technique pianistique dans ces deux Sonates d’une difficulté redoutable : traitement extrêmement sensible du ton, de la couleur et de la dynamique, puissante projection des modes, tempi souples, refus de trop en faire ou de cogner sur l’instrument, transitions perlées et, surtout, une poésie, une rare capacité à peindre la musique de Rachmaninov avec une sorte de « coup de pinceau» qui, faute d’une meilleure description, semble rappeler les tableaux évocateurs de Turner. Tout ceci se condense en une toile qui est expressive et captivante. La Première Sonate, qui n’est que rarement jouée, réclame plus d’une écoute, car c’est une œuvre sérieuse, à la texture dense. Lydia Jardon joue idéalement ce morceau lugubre et sombre, mettant en évidence sa beauté latente avec une grande efficacité. Son approche de la plus populaire Deuxième Sonate est similaire (il s’agit de la version de 1931, révisée par Rachmaninov) (…) Le beau jeu est très satisfaisant (…) Effectué par Lydia Jardon en 1999 au Théâtre de Poissy sur un piano Kawai EX, cet enregistrement mérite une mention particulière, notamment parce qu’il offre les deux sonates. J’espère avoir l’occasion de réentendre cette remarquable pianiste.