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7-8 juillet 2001

Le Festival s’ouvre sur une note élevée

Par James J. Gillis du Daily News

Si le concert de vendredi soir doit augurer de l’avenir, gageons que la pianiste française Lydia Jardon ne tardera pas à devenir une habituée de nos contrées.

Lors du concert d’ouverture du 33e Festival de Musique de Newport, à "The Breakers", Lydia Jardon a enthousiasmé une salle comble par son interprétation de plusieurs pièces de Chopin. La pianiste exécuta les préludes avec beaucoup d’adresse, se jouant aisément des variations de tempo d’une pièce à l’autre. L’élégance de son jeu contrastait avec la théâtralité de la prestation du pianiste russe Andrei Gavrilov, mi-rock star / mi-Fantôme de l’Opéra.

Avec Lydia Jardon, ces préludes étaient tour à tour lumineux et chantants ou sombres au point d’en devenir inquiétants. Son timbre, parfois brillant, restait cependant retenu. Auréolée d’une superbe crinière fauve, la pianiste se penchait parfois en arrière lors des passages lents puis se courbait sur le clavier dans les passages plus complexes.

Lydia Jardon, qui fait ici ses débuts américains (ainsi que quatre autres interprètes) avait mis en première partie de son programme le Prélude en do dièse mineur, le Prélude en la bémol majeur et les Vingt-Quatre Préludes, Op. 28 de Chopin, offrant ainsi certaines des pièces les plus connues du compositeur.

Lydia Jardon se vit décerner en 1982 deux premiers prix au CNSM de Paris, respectivement dans les classes de piano et de musique de chambre. Elle a obtenu depuis de nombreuses autres récompenses.

Elle se produit régulièrement en France, en Allemagne, en Autriche, au Brésil et dans plusieurs pays d’Europe de l’Est.

Ces dernières années, elle s’est surtout consacrée à son activité de concerts. Elle a récemment enregistré 26 Préludes de Chopin.

La seconde partie du programme proposait des œuvres de Vuillemin et de Rachmaninoff, mais les délais de bouclage de notre édition ne nous ont pas permis de couvrir cette prestation.

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Photo: Malkovich

Avant le concert, prévu pour 9 heures du soir, une foule nombreuse était rassemblée devant "The Breakers". Plusieurs festivaliers, dont Eddy Callahan (plus connue sous le nom de Miss Eddy) de Newport, sont des habitués de la première heure.

Alaine Bikovsky, de Stanford, Connecticut, suit le festival depuis l’édition 1988 et vient généralement accompagnée de nombreux parents et amis. Pianiste elle-même, elle déclare : "À mon avis, c’est un des meilleurs endroits pour la musique de chambre. Je pense que le cadre est magique...et tous ces nouveaux interprètes, chaque année. Je suis toute la saison à Manhattan. mais je ne rate jamais ce festival. Je l’attends même avec impatience."

Le festival, qui rend hommage à la musique d’Antonín Dvorák, se poursuit jusqu’à dimanche 22 juillet, offrant jusqu’à cinq concerts quotidiens dans les belles demeures de Newport.

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8 juillet 2001

CRITIQUE DE CONCERT
La pianiste française Lydia Jardon ouvre
le Festival de Newport avec flamme et élégance

Par Channing Gray, Journaliste artistique

Le Festival de Musique de Newport -- dix-sept jours de concerts non-stop -- s’est ouvert vendredi, avec en soliste la pianiste française Lydia Jardon. Pour exprimer sa gratitude, l’artiste offrit à une salle comble de The Breakers un standard du répertoire américain en interprétant avec beaucoup de sentiment un extrait de Rhapsody in Blue.

Gershwin fut l’un des deux bis de cette magnifique soirée. Pratiquement inconnue ici, Lydia Jardon a déjà derrière elle une belle carrière européenne sur scène et par ses disques. Pianiste réfléchie, voire méticuleuse, elle façonne chaque note avec soin. Pour autant, son jeu n’a rien d‘ampoulé ou de maniéré. Sa préférence va au geste large, aux longues phrases de grande envergure. Son Rachmaninoff -- l’inquiétante Sonate en si bémol mineur -- témoignait de beaucoup de hardiesse et d’audace.

Avec sa crinière de boucles châtain, ses pommettes saillantes et ses yeux de félin, Lydia Jardon, la quarantaine environ, est très séduisante. Le premier contact fut cependant assez froid, l’artiste glaçant du regard les auditeurs qui s’installaient confortablement mais bruyamment dans leurs fauteuils.

Cela se produisit alors qu’elle attaquait les Préludes de Chopin proposés en début de programme : le recueil bien connu des 24 Préludes, suivis de deux autres, l’un en do dièse mineur, l’autre en la bémol majeur. Elle les a récemment enregistrés et manifestait une grande aisance. Elle les a magnifiquement dessiné, accordant une attention toute particulière aux modulations harmoniques et aux voix médianes, surtout dans le célèbre prélude La Goutte de pluie où la main gauche était très chantante.

Dans le Prélude en do mineur -- œuvre très connue s’il en fut -- elle s’affirma dans la sobriété, faisant preuve de retenue sur le thème d’ouverture, puis laissant la mélodie s’effacer jusqu’à un silence impressionnant.

Après l’entracte, Lydia Jardon interpréta Soirs Armoricains de Louis Vuillemin : trois pièces aux saveurs plurielles, comme si Debussy avait croisé le géant du jazz Bill Evans. Les deux premières œuvres étaient les plus intéressantes, avec des sonorités envoûtantes, semblables à des carillons. Du strict point de vue de la composition, la troisième est complètement ratée. Mais ces œuvres de Vuillemin permirent à la pianiste de montrer ses dons de coloriste et son intelligence de la richesse d’une écriture à plusieurs niveaux, qualités qui allaient lui servir dans la Sonate de Rachmaninoff.

Il fut une époque où personne ne jouait Rachmaninoff. À présent, il est à tous les programmes. Mais les interprétations convaincantes ne sont pas légion. Cette pièce, différente des œuvres habituelles du compositeur offre une note sauvage et débridée.

Lydia Jardon réussit cependant à créer la cohérence du discours, gardant la tension des phrases sans perdre le souffle musical.

En bis, Lydia Jardon donna une interprétation époustouflante d’un des Vingt Regards sur l’Enfant Jésus du compositeur et mystique français Olivier Messiaen.

Le Festival de Newport se poursuit aujourd’hui, avec au programme des ?uvres de Dvorák et un récital de la soprano lettone Inessa Galante, à 9 heures, ce soir. Demain, également à 9 heures, le pianiste russe Alexei Skavronsky proposera les deux recueils d’études de Chopin ainsi que des œuvres de Scriabine.

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