Elena Filonova

NikolaĂŻ Medtner
Mélodies Oubliées

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Détails produit

Mélodies oubliées

Vergessene Weisen opus 38
1.Danza festiva
2.Canzona fluviala

Vergessene Weisen opus 40
3.Danza col canto
4.Danza jubilosa

Vergessene Weisen opus 38
5.Canzona serenata

Vergessene Weisen opus 39
6.Meditazione
7. Romanza
8.Primavera
9.Canzona matinata
10.Sonata tragica

Arabesques

Drei Arabesken opus 7
11.Ein Idyll
12.Tragoedie-Fragment n°1
13.Tragoedie-Fragment n°2

Production, Ingénieur du son : Lubov Doronina.
Mastering : Pavel Lavrenenkov.
Enregistré à Moscou, Mars 2004

AR RE-SE 2005-9

 

Résumé

MĂ©lodies oubliĂ©es, mĂ©lodies retrouvĂ©es…

« J’ai toujours cru que l’Art, comme la nature, est l’Ɠuvre du CrĂ©ateur. Mes principes ? Je tĂąche de faire croĂźtre dĂ»ment la semence qui vient d’en Haut, sans inventer de nouvelles lois. »
NikolaĂŻ Medtner (1880-1951)

L’histoire de la rĂ©ception de l’Ɠuvre de Medtner est celle d’un malentendu. Trop passionnĂ©e pour les tenants de l’avant-garde, trop complexe pour les foules rompues aux Ă©lans enfiĂ©vrĂ©s d’un Rachmaninov, la musique de Medtner n’aura pas vraiment su gagner les faveurs du grand nombre. La comparaison avec Rachmaninov n’est pas hors de propos, mais elle est perfide : aujourd’hui encore, Medtner souffre de se voir Ă©valuĂ© Ă  l’aune de celui qui fut l’un de ses plus fervents partisans. Ce qui distingue artistiquement les deux hommes est pourtant plus dĂ©terminant que ce qui les rĂ©unit.

Le piano de Medtner est bien sĂ»r romantique, virtuose et lyrique ; mais rien n’y cĂšde Ă  la facilitĂ©, car l’écriture du clavier est tenue d’une main de fer. Les structures des Ɠuvres sont souvent Ă©piques, au risque de perdre leur auditeur. Elles sont pourtant fermement maĂźtrisĂ©es : les flots tumultueux de l’inspiration sont endiguĂ©s par une conduite des Ă©vĂ©nements sans faiblesse. Medtner le paradoxal est un Ă©quilibriste Ă©voluant sur un fil fragile, tendu d’un cĂŽtĂ© par une volontĂ© ardente d’expressivitĂ©, de l’autre par un souci de rigueur et d’ascĂšse.

L’existence de Medtner ? On peut la brosser Ă  grands traits : naissance en 1880, Ă©tudes au Conservatoire de Moscou. Une vie dĂ©vouĂ©e Ă  la composition, mais passĂ©e sur les estrades. Et puis, les exils : le premier en 1921 vers Berlin, pour fuir la Russie bolchevique. Mais l’Allemagne n’a que faire de ce musicien qu’elle dĂ©crĂšte trop conservateur sans le comprendre vraiment. Un deuxiĂšme exil Ă  Paris, peu aprĂšs. OĂč malgrĂ© l’appui d’un cercle de fidĂšles, la vie reste difficile, et dĂ©cevante. Des tournĂ©es Ă  travers le monde. Un dernier exil en 1935, vers Londres. Le succĂšs est enfin au rendez-vous, mais la guerre approche, et finit par en briser l’élan. Ultime apparition publique au Royal Albert Hall en fĂ©vrier 1944. L’aide inattendue du Maharajah de Mysore permet Ă  Medtner d’enregistrer pour His Master’s Voice. Avant qu’il ne disparaisse en 1951. Si loin de la Russie, si loin des siens.

L’homme Medtner apprendra pourtant bien peu du compositeur, moins encore de l’Ɠuvre. Sa musique ne doit rien aux circonstances, elle est le secret rĂ©vĂ©lĂ© d’une Ăąme dont les prĂ©occupations sont fondamentalement musicales. Medtner se donne des limites, pour viser plus juste : la musique pure sera son terrain d’élection, notamment Ă  travers la sonate, hĂ©ritĂ©e de Beethoven, le modĂšle vĂ©nĂ©rĂ©. Medtner affirmait ĂȘtre nĂ© un siĂšcle trop tard, et jamais d’ailleurs il n’adhĂ©ra au nationalisme musical post-romantique de ses « Cinq » aĂźnĂ©s Russes.

Ce qui n’empĂȘche pas la substance de ses Ɠuvres d’ĂȘtre particuliĂšrement Ă©laborĂ©e. Dans les sonates ou les piĂšces brĂšves, le dĂ©veloppement procĂšde d’une transformation perpĂ©tuelle d’élĂ©ments de base, souvent un thĂšme unique. La Sonata tragica (Sonate tragique, n°11) en est l’exemple parfait. Les accords frappĂ©s Ă  l’ouverture donnent Ă  cette Ɠuvre d’un seul tenant l’élan du souffle unique qui la parcourra tout au long. L’imagination et le mĂ©tier consommĂ© de Medtner lui permettent de prĂ©senter le seul thĂšme sous un nombre infini de visages. Et c’est presque comme autant de scĂšnes d’opĂ©ras qu’il faudrait entendre le dĂ©roulement des diffĂ©rents Ă©pisodes, tant la marche agogique d’ensemble paraĂźt ĂȘtre d’essence dramatique. La derniĂšre percĂ©e du dĂ©veloppement est exemplaire (7’09), longue montĂ©e en tension qui finit par culminer dans la rĂ©exposition mĂȘme des accords initiaux de l’Ɠuvre (7’38). Preuve qu’une forme d’origine classique n’empĂȘche aucunement la pensĂ©e rhapsodique de jaillir dans l’instant. Une stupĂ©fiante coda (10’29) achĂšve de liquider les derniers linĂ©aments du thĂšme. Le mouvement s’abĂźme dans les harmonies mĂȘmes qui l’avaient ouvert.

Medtner affectionnait particuliĂšrement d’interprĂ©ter en concert cette Ɠuvre organique. Mais il ne manquait jamais de la faire prĂ©cĂ©der de la Canzona matinata. Cette « Chanson du matin » prĂ©sente deux idĂ©es tranchĂ©es dans leurs caractĂšres, l’une toute de grĂące et d’insouciance, l’autre plus mĂ©lancolique et presque inquiĂšte, qui prĂ©figure peut-ĂȘtre les tourments de la sonate Ă  suivre. À vrai dire, les deux Ɠuvres partagent secrĂštement une partie de leur thĂ©matique, procĂ©dĂ© frĂ©quent chez le compositeur.

Mais revenons au dĂ©but de cet opus 39. La Meditazione (MĂ©ditation) qui l’ouvre est l’une des plus Ă©tranges inventions de Medtner. Une introduction « quasi cadenza » fait surgir du nĂ©ant un monde angoissĂ©, aux couleurs scriabiniennes (0’40). Le vrai thĂšme de la piĂšce apparaĂźt (1’25), mĂ©lodie dĂ©sarticulĂ©e et condamnĂ©e Ă  ne revenir qu’à elle-mĂȘme. La musique finit par Ă©chapper Ă  sa propre inertie, et s’achĂšve sur une rĂ©solution majeure apaisĂ©e. La Romanza reprend le thĂšme de la Meditazione pour l’exploiter jusqu’à l’obsession. Curieuse « Romance » en vĂ©ritĂ©, qui, sous des allures de valse mi-mondaine mi-diabolique, ne promet d’autre salut que la rĂ©pĂ©tition mĂ©phitique d’un fragment rĂȘche et rĂ©solument indomptable. L’impatiente Primavera (Printemps) vient apporter un peu de lumiĂšre Ă  l’opus 39. Entre les deux diptyques plutĂŽt tĂ©nĂ©breux qui l’entourent, elle offre un intermĂšde joyeux et ensoleillĂ©.

ComposĂ©s en 1919 et 1920, ces Vergessene Weisen (MĂ©lodies oubliĂ©es, opus 38, 39, et 40) furent imaginĂ©s dĂšs 1916. Il est fort probable que Medtner se soit inspirĂ© d’un texte de l’écrivain russe Lermontov (1814-1841). Dans son poĂšme L’Ange, Lermontov raconte que chaque nouvel enfant, portĂ© par l’ange qui le mĂšne du ciel Ă  la terre lors de sa naissance, entend une mystĂ©rieuse musique : son existence ne sera qu’une longue quĂȘte pour en retrouver les cĂ©lestes Ă©chos. En ce rĂ©cit poĂ©tique, Medtner vit sans doute la mĂ©taphore de l’inspiration artistique, lui qui ne cessait de s’étonner des idĂ©es musicales qui frappaient son imagination. Ces piĂšces placent Ă©galement l’invention medtnĂ©rienne sous le sceau singulier de la rĂ©miniscence : rĂ©miniscence (ou renaissance) de ces mĂ©lodies originellement « oubliĂ©es », rĂ©miniscences (ou correspondances) thĂ©matiques reliant entre eux diffĂ©rents morceaux d’un mĂȘme opus, rĂ©miniscences (et mĂ©tamorphoses) perpĂ©tuelles d’un unique matĂ©riau au sein d’une mĂȘme piĂšce.

Deux piĂšces de l’opus 38 sont prĂ©sentĂ©es sur cet enregistrement. La troisiĂšme, Danza festiva (Danse de fĂȘte) peut Ă©voquer une fĂȘte de village, avec ses scĂšnes festives et de liesse populaire. Cette valse lĂ©gĂšre dĂ©bute par une rustique sonnerie de cloches : des accords alternĂ©s aux deux mains, que l’on retrouve, minorisĂ©s et transposĂ©s d’un ton, Ă  l’ouverture de la piĂšce suivante, Canzona fluviala (Chanson de la riviĂšre). Moins que jamais dans ce morceau gracieux le titre aura recouvert la rĂ©alitĂ© du contenu musical. Remarquons plutĂŽt la prĂ©sence de titres italiens et faisant rĂ©fĂ©rence Ă  une vocalitĂ© ou Ă  une gestualitĂ© (« Danse de fĂȘte », « Chanson de la riviĂšre », « Romance », « Chanson du matin », « La danse avec le chant », « La danse joyeuse ») : on peut voir en cela une volontĂ© d’accorder la primeur Ă  un certain lyrisme, par le retour Ă  une naturalitĂ© toute latine du corps et du chant. Ce que tendrait Ă  prouver la Canzona serenata (Chanson sĂ©rĂ©nade) sixiĂšme piĂšce de l’opus 38, un pur joyau de simplicitĂ© et d’émotion. Le thĂšme liminaire instaure un balancement mĂ©lancolique, soutenu par des harmonies particuliĂšrement subtiles. Un deuxiĂšme Ă©lĂ©ment thĂ©matique l’interrompt (0’37) ; frĂ©missant passage chromatique Ă  la basse (0’51), le discours se fait plus fervent (1’12), puis s’apaise. Soudainement, cette « sĂ©rĂ©nade » s’inquiĂšte et s’anime de miroitements plus virtuoses (2’00). L’élĂ©ment -secondaire reprend Ă  nouveau ses droits (2’32) et son ton passionnĂ© (2’50). S’immisçant subrepticement dans la texture redevenue immatĂ©rielle, le balancement du dĂ©part fait son retour (3’20), Ă©paissi d’un nouveau chant intĂ©rieur, puis s’éteint rapidement.

L’opus 40 des MĂ©lodies oubliĂ©es est constituĂ© de six danses, dont les premiĂšre et quatriĂšme sont ici prĂ©sentes. La Danza col canto (la Danse avec le chant) se montre fort riche dans la construction de ses Ă©pisodes puissamment caractĂ©risĂ©s. L’introduction va s’échauffant, et pose une mĂ©trique originale Ă  5/8. De longues arabesques nostalgiques s’épanchent (0’33), avant que ne rĂ©apparaissent les Ă©lĂ©ments introductifs (1’44). La partie centrale contraste, en prĂ©sentant d’abord une sorte de tarentelle (2’12), puis, sur de puissantes roulades arpĂ©gĂ©es, une mĂ©lodie turbulente et naĂŻve Ă  souhait (2’32). Retour du thĂšme d’arabesque (3’15), qui fait place au chant Ă©plorĂ©, puis finalement menaçant, de l’introduction. La Danza jubilosa (Danse joyeuse) combine toutes les qualitĂ©s d’un scherzo et d’une toccata : joyeuse, alerte, ironique, et surtout parfaitement pianistique. C’est un kalĂ©idoscope d’épisodes variĂ©s : main gauche en octaves staccatos parodiant la majestĂ© d’une procession, sonneries de cuivres, rythmes dĂ©hanchĂ©s ou figurations motoristes Ă  la main gauche, guirlandes volubiles Ă  la main droite. Une rĂ©ussite instrumentale qui ne galvaude nullement la joie qu’elle promet.

Les Drei Arabesken (Trois arabesques) de l’opus 7 (composĂ©es en 1904) montrent que Medtner trouva son style dĂšs ses dĂ©buts. En dĂ©pit d’une Ă©criture pianistique apparemment stabilisĂ©e, le rĂŽle des deux mains est fluctuant dans Ein Idyll (Une idylle) : parfois les doubles-croches de la main droite accompagnent, parfois elles conduisent le discours. Le chromatisme s’insinue (0’41) jusqu’à s’agrĂ©ger en un motif troublant (0’59 et 1’26). Apparemment moins ambitieuse que les autres piĂšces de l’opus, Ein Idyll est pourtant rĂ©vĂ©latrice d’une conception pianistique qui tendra Ă  confĂ©rer peu Ă  peu aux deux mains la mĂȘme Ă©loquence. Cela n’est pas encore le cas dans les deux Tragoedie-Fragmente (Fragments de tragĂ©die) de l’opus 7 : le premier rĂ©pĂšte inlassablement une figure de triolets Ă  laquelle seule la section centrale offre un semblant d’apaisement. Avant l’agonie finale, qui se consume dĂ©finitivement en de sombres octaves. « Écrire seulement une Ɠuvre comme celle-lĂ , et l’on peut mourir », s’exclama Rachmaninov. Les arpĂšges de main gauche qui soutiennent le second des Tragoedie-Fragmente constituent une vĂ©ritable dentelle sonore qui laisse apparaĂźtre ses propres contrechants. Mais la main droite impose un motif chromatique en guise de thĂšme. RĂ©itĂ©rĂ© anxieusement, il apparaĂźt parfois dans des configurations contrapuntiques particuliĂšrement complexes. Un luxe que se permet le compositeur dans cette atmosphĂšre d’urgence dĂ©sespĂ©rĂ©e qui en appelle au lyrisme indomptĂ© de certaines Études de Chopin.

Epilogue

La mĂšre de Medtner, qui voyait l’union de son fils avec Anna MikhaĂŻlovna d’un mauvais Ɠil, disparaĂźt en mars 1918. Le 21 juin 1919, NikolaĂŻ Ă©pousera celle qu’il a rencontrĂ©e vingt-trois ans plus tĂŽt. Les difficultĂ©s politiques les amĂšnent Ă  se rĂ©fugier Ă  Bugry, en pĂ©riphĂ©rie de Moscou. IsolĂ© de la capitale, Medtner doit renoncer Ă  son poste de professeur au Conservatoire. Dans des conditions matĂ©rielles particuliĂšrement difficiles, il compose ses MĂ©lodies oubliĂ©es. En novembre 1921, NikolaĂŻ et Anna font le choix d’un exil incertain Ă  Berlin. Les opus 38, 39, et 40, auront marquĂ© la fin de la pĂ©riode russe. La suite, on le sait, ne sera qu’instabilitĂ© et dĂ©sillusion. Si la carriĂšre de Medtner en tant que pianiste n’est certes pas nĂ©gligeable, il restera un compositeur marginal et mal reconnu. Un mauvais sens de la publicitĂ© et des options esthĂ©tiques jugĂ©es dĂ©passĂ©es empĂȘcheront l’artiste d’accĂ©der Ă  la reconnaissance que sans nul doute il mĂ©ritait comme crĂ©ateur. Medtner n’avait pas de mots assez durs pour l’avant-garde de son temps. Il s’était expliquĂ© de son credo artistique dans un texte de 1935, Muza i moda (La Muse et la Mode), dans lequel il affirmait la nĂ©cessitĂ© de sauvegarder certaines fondations de l’expression musicale. Position rationnelle si l’on comprend que ses efforts ne portĂšrent pas sur la remise en cause d’un langage, mais au contraire sur la recherche d’une parfaite maĂźtrise de ses structures existantes.

Loin des rĂ©volutions qui secouent le monde musical de la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle, Medtner vise un beau idĂ©al et abstrait. Son Ă©criture rĂ©pugne pourtant Ă  toute facilitĂ© : bien qu’il Ă©crivĂźt exclusivement pour son instrument (fĂ»t-ce en lui en adjoignant d’autres), ses Ɠuvres sont incontestablement celles d’un compositeur avant d’ĂȘtre celles d’un pianiste. Il faut se rĂ©jouir Ă  la perspective d’une si belle musique Ă  dĂ©couvrir.

Nicolas Southon

Nicolas Southon enseigne Ă  l’UniversitĂ© de Musicologie de Tours. Dans le cadre du CNRS (IRPMF), il prĂ©pare une ThĂšse d’histoire sociale consacrĂ©e Ă  l’émergence du chef d’orchestre au XIXe siĂšcle. Il est titulaire des Prix d’Analyse, d’EsthĂ©tique, et d’Histoire de la Musique du Conservatoire national supĂ©rieur de musique de Paris. Il est Ă©galement critique et journaliste dans des revues musicales spĂ©cialisĂ©es, et a Ă©tĂ© producteur sur France-Musique en 2005.

La presse en parle !

lemondedelamusique
rec

Le Monde de la musique, Décembre 2005, Jean Roy

« Issu d’une famille germano-balte, NikolaĂŻ Medtner est une des personnalitĂ©s les plus singuliĂšres de la musique russe. Sa vie se rĂ©sume ainsi : des Ă©tudes au Conservatoire de Moscou, l’exil en Allemagne dĂšs 1921, puis Ă  Paris et Ă  Londres, une carriĂšre partagĂ©e entre les rĂ©citals de piano et la composition. Dans son livre sur la musique de piano, Guy Sacre a consacrĂ© plus de vingt pages Ă  Medtner, qu’il situe ainsi : « Il se range tout naturellement clans le camp des Moscovites, lesquels, loin du nationalisme des Cinq, pratiquent un art cosmopolite : façon compliquĂ©e de dire qu’ils ont des modĂšles allemands. » L’influence de Brahms n’a pas empĂȘchĂ© le compositeur d’ĂȘtre fidĂšle Ă  son pays natal. Les MĂ©lodies oubliĂ©es dont Elena Filonova a enregistrĂ© des extraits (l’Opus 39 Ă©tant toutefois complet) ont pour origine la lecture d’un poĂšme de Lermontov, L’Ange. Dans les bras d’un ange, le petit enfant entend des mĂ©lodies cĂ©lestes que, toute sa vie, il tentera de retrouver. L’ange de Medtner Ă©tait assurĂ©ment un ange russe… Le romantisme du musicien intervient dans son Ă©criture pianistique virtuose, qui se rapprocherait de celle de Rachmaninov, son ami et admirateur, s’il ne s’y greffait, comme par un sentiment de rĂ©volte, des moments de rupture oĂč le compositeur se retranche dans un univers sans complaisance. C’est lĂ  sa grandeur : ĂȘtre Ă  la fois trĂšs moderne par ses audaces harmoniques, sa libertĂ© rythmique, et romantique Ă  sa maniĂšre, toute personnelle, par le caractĂšre de « confession » que sa musique revĂȘt souvent, lorsqu’il fait parler I' »ange russe ». ElĂšve d’Emil Gilels, par qui elle a Ă©tĂ© initiĂ©e Ă  l’oeuvre de Medtner, Elena Filonova, qui vit en France mais donne souvent des concerts en Russie, joue les MĂ©lodies oubliĂ©es et les Arabesques avec une sonoritĂ© superbe, une comprĂ©hension en profondeur de ces pages et une force de conviction auxquelles on ne rĂ©siste pas. »

 

classica
rec2

Classica-Répertoire, Février 2006, Michel Fleury

« Un programme intelligemment composĂ© qui pourrait servir d’introduction au maĂźtre russe : des extraits des trois grands cycles inspirĂ©s par le poĂšme de Lermontov L’Ange, texte donnant la clef de la conception que le musicien avait de l’inspiration artistique. L’existence de l’artiste ne serait Ă  l’en croire qu’une longue quĂȘte pour retrouver l’Ă©cho des mĂ©lodies cĂ©lestes entendues au moment de la naissance de chaque ĂȘtre lorsqu’il est convoyĂ© par un ange du ciel Ă  la terre. Danses festives, Ă©lĂ©giaques ou fantastiques, chants de sĂ©rĂ©nitĂ© ou de jubilation, ces Motifs oubliĂ©s (1920) tĂ©moignent d’une rare perfection formelle. Le beau contrepoint, la complexitĂ© du rythme et la plĂ©nitude harmonique se coulent dans une Ă©criture pianistique dont la plasticitĂ© s’apparente au meilleur de Schumann ou de Chopin. Le jeu d’Elena Filonova possĂšde une remarquable clartĂ© qui autorise des tempos assez vifs sans prĂ©judice pour la riche polyphonie medtnĂ©rienne. C’est une pianiste Ă©lĂ©gante, dont la ligne racĂ©e pourrait se comparer Ă  celle de la grande pianiste amĂ©ricaine Constance Keene dans les PrĂ©ludes de Rachmaninov (Philips). La profusion un peu improvisĂ©e de la musique y gagne en cohĂ©sion, et cette approche apollinienne souligne l’hĂ©ritage beethovĂ©nien implicite du compositeur russe. (…) RĂ©ussite globale d’un disque dont le goĂ»t presque parfait et la haute tenue constituent d’apprĂ©ciables atouts. Et l’on se fĂ©licitera de l’intĂ©rĂȘt portĂ© Ă  Medtner par de nouvelles gĂ©nĂ©rations de pianistes Ă  un musicien si longtemps brocardĂ© sous prĂ©texte de « romantisme attardĂ© ». »
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